Passage au long...

Lundi soir, je suis allée voir Nos retrouvailles. En deuxième semaine d'exploitation, le film ne se joue plus que dans trois cinémas, le Saint-Lazare Pasquier, le Lucernaire, l'Entrepôt. A la séance de 22h, j'étais seule dans la salle (merci au gentil projectionniste qui, devant mon air très dépité, a accepté de lancer le film alors qu'il aurait pu annuler la séance). David Oelhoffen, le réalisateur, n'est pas un inconnu pour nous : avant ce premier long métrage, il a réalisé plusieurs courts (Sous le bleu, Echafaudages, En mon absence, Le Mur, Big Bang) qui nous avaient beaucoup impressionnés et que nous avions programmés au Balzac dans le cadre de nos séances courts métrages. Son passage au long nous intéressait donc beaucoup. Nos retrouvailles raconte le face à face entre un père et son fils (joués par Jacques Gamblin et Nicolas Giraud) après plusieurs années de séparation. Le film est attachant, souvent émouvant, le ton est juste. David Oelhoffen confirme son talent d'auteur (il signe le scénario) et de réalisateur. Nos retrouvailles mérite mieux que cet accueil timide de la part du public. Dans la salle d'à côté, 99F affichait complet.
Place aux jeunes !

Décidément, la génération montante (féminine en l'occurrence) est pleine de promesses. Deux bonnes nouvelles nous arrivent cette semaine. La première est cinématographique et nous l'avons actuellement à l'affiche du Balzac. Mia Hansen-Love, 26 ans à peine, signe avec Tout est pardonné un film étonnant de maturité. Explorant avec beaucoup de subtilité les thèmes de la famille et de la transmission, la jeune réalisatrice offre à ses comédiens - tous formidables - de magnifiques rôles. La seconde bonne nouvelle nous vient du théâtre, plus exactement de l'Athénée, où Cristèle Alves-Meira met en scène jusqu'au 25 octobre Les Nègres de Jean Genet. A 25 ans à peine, elle dirige avec une remarquable maîtrise une incroyable troupe d'acteurs bourrée de talent et de vitalité. La pièce est revisitée de fond en comble et on ne s'ennuie pas une minute. Il y a, bien sûr, une relation avec le Balzac, puisque nous aurons le plaisir d'accueillir toute la troupe le 8 octobre prochain à 20h30, pour une soirée consacrée à Jean Genet et Jean Rouch - le premier ayant été quelque peu influencé par le second. Nous projetterons Les Maîtres fous (1955) et Moi, un noir (1959).
Le cinéma italien en grande forme

Nous sommes très heureux au Balzac de programmer depuis quelques années le meilleur du cinéma italien. Après Nos meilleures années (sorti en 2003 et resté plus de neuf mois à l'affiche !) ou Buongiorno, notte en 2004, voici Mon frère est fils unique, de Daniele Luchetti. Les mêmes scénaristes - Sandro Petraglia et Stefano Rulli - sont aux commandes, et c'est encore la période des années 60 et 70 qui est fouillée. Une famille, un père ouvrier, deux frères qui se détestent et s'adorent, l'un attiré par le fascisme, l'autre résolument engagé du côté des communistes. Et tous deux aiment la même femme. On les suit pendant une quinzaine d'années, jusqu'au moment où l'extrême-gauche, trop radicale, bascule dans la violence armée. C'est passionnant, drôle, émouvant, formidablement interprété. Un vrai bonheur de cinéma !
La haute technologie au service du patrimoine cinématographique

Nous avons eu l'honneur d'accuillir au Balzac la projection en avant-première du film monumental de D. W. Griffith, Intolérance - ou comment illustrer le thème de "l'inhumanité de l'homme envers l'homme durant les 2500 dernières années" en entrecroisant grâce au montage parallèle quatre histoires et quatre époques différentes. Fruit de dix années de travail, la version entièrement restaurée qui a été montrée en cette date symbolique du 11 septembre était projetée en format numérique haute définition, et la qualité de l'image était absolument bluffante. Sans parler du son, ou plutôt de la musique - cette magistrale Suite symphonique composée par Antoine Duhamel et Pierre Jansen et interprétée par l'Orchestre National d'Ile-de-France. A une époque où plus rien n'est assez rapide, il est réconfortant de voir qu'il reste encore quelques fous pour s'attaquer à d'improbables projets de très très longue haleine. Il est également plaisant de constater que les technologies de pointe, dont on peut parfois se demander ce qu'elles nous apportent à part des bugs et des migraines, peuvent utilement se mettre au service de ces vieilles choses du passé...
4, 3, 2...

Gabita est jeune, étudiante, et elle vit en foyer dans la Roumanie policée de 1987. Elle est enceinte de 4 mois, 3 semaines et 2 jours, et c'est l'histoire d'un lent chemin de croix dans un pays où l'avortement est puni par des années d'emprisonnement. Avec l'aide (et quelle aide) de sa camarade de chambre Ottilia, elle confie son destin à un faiseur d'anges ambigu et sans scrupules... Tourné presque entièrement en caméra subjetive et en plans séquences, sans fioritures ni digressions, le film s'attache aux pas d'Ottilia, la bonne copine qui se charge de tout et le paie au prix fort. Une très belle maîtrise formelle et un sens de la narration impressionnant. Le film, sorti à la toute fin du mois d'août, mériterait d'avoir un peu de temps pour trouver son public.
Passagers de première classe
Le Balzac, avant, c'était déjà bien... Mais maintenant, après les travaux du mois d'août, c'est encore mieux !! La grande salle a été entièrement refaite : nouvelle moquette, nouveaux fauteuils, nouveaux éclairages... Bref, le grand confort pour des spectateurs que nous soignons aux petits oignons : de quoi vous donner envie d'aller au cinéma ! En tout cas, cela nous motive pour attaquer la rentrée avec encore plus de projets et d'énergie !!



