Public et spectateurs
lundi 4 juin 2007 à 18:51 | Humeur | par Francis Gavelle, programmateur du "goût du court !"

Lu récemment dans Ciné-mélanges, ouvrage du cinéaste suisse Alain Tanner publié au Seuil et en librairie depuis le 3 mai : "Aujourd’hui, pour les cinéastes, le public est devenu l’ennemi. L’ennemi, ce ne sont pas les producteurs, les distributeurs, les exploitants ou les banquiers. Eux ne font qu’obéir à celui qui commande parce qu’il paie et qu’il va au cinéma comme un troupeau de moutons, à l’appel de la pub. Le public est une entité économique, une abstraction. C’est tout le monde, donc personne. Des consommateurs. Deux citations. La première, sauf erreur, est de Jules Renard : « Les critiques sont les soldats d’une armée en déroute qui se rendent avec armes et bagages à l’ennemi. Et l’ennemi, c’est le public. » Deuxième citation, d’un auteur inconnu : « A force de courir derrière le public, on finit par ne plus voir que son cul. » Il convient donc d’opposer à cette notion de « public », celle de « spectateur » : un individu, celui à qui l’on souhaite s’adresser en lui proposant un spectacle où il ne sera pas simplement un somnambule, mais un interlocuteur, et qui est prêt à faire un bout de chemin vers vous, qui sait par la façon dont le film lui parle qu’il n’est pas seulement un cochon de payant, mais quelqu’un qui est prêt à partager quelque chose avec vous. Les journalistes m’ont souvent demandé pour quel public je faisais des films. Je leur disais que je faisais des films d’abord pour moi-même et ensuite pour un spectateur. Spectateur, mon frère…"
Né en 1929 à Genève, Alain Tanner s’est affirmé comme le porte-drapeau du « nouveau cinéma suisse » et comme une des figures majeures du cinéma d’art et d’essai européen. Trois de ses films sont sortis au Balzac : Les Années Lumière (1981), No Man's Land (1985) et L'Homme qui a perdu son ombre (1992).







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