Bonne nouvelle !

Cristian Mungiu, 38 ans, jeune réalisateur roumain récemment auréolé de la palme d'or au Festival de Cannes, déclare à propos de son film 4 mois, 3 semaines et 2 jours : "Pour moi, c'est un peu un conte de fées. Il y a six mois, nous n'avions pas d'argent, uniquement l'espoir de figurer dans une sélection parallèle quelle qu'elle soit... J'espère que cette récompense sera une bonne nouvelle pour les petits cinéastes des petits pays car il semble enfin qu'on n'ait plus besoin de gros budgets et de grandes stars pour faire une histoire que tout le monde écoutera." Cette palme d'or est d'ores et déjà une bonne nouvelle pour les cinémas tels que le Balzac qui ne vivent que parce que des Cristian Mungiu peuvent, vaille que vaille, continuer à faire des films avec passion et persévérance, et parce qu'il reste des spectateurs exigeants et curieux pour aller les voir. Elle est aussi, indirectement, une récompense, pour tout le travail de défrichage que nous menons dans nos salles jour après jour.
Champs-Elysées haut, Champs-Elysées bas...

Hier soir, avait lieu au Théâtre du Rond-Point la présentation de la saison 2007-2008. Maître de cérémonie : mon ami Jean-Michel Ribes. Nous avons coutume de dire lui et moi que nous tenons les Champs-Elysées en tenaille. Un théâtre et un cinéma, deux lieux de culture ouverts et exigeants sur une avenue qui commence un peu à ressembler à une vitrine de luxe géante... En tout cas, ce que nous avons vu et entendu hier soir - beaucoup de comédiens, chanteurs, musiciens, artistes et metteurs en scène qui seront à l'affiche à partir de la rentrée - donne vraiment envie. La saison prochaine au Rond-Point sera placée sous le signe du "rire de résistance" ce qui, connaissant l'animal Ribes, nous promet des moments d'anthologie. Nous ne pouvions pas rester à l'écart bien sûr : nous proposerons au Balzac toute l'année une programmation décapante sur ce même thème !
Avec ou sans stars ?

Comme je le répète souvent lors de mes discours en début de séance : au Balzac, nous n'avons ni Tom Cruise, ni Nicole Kidman, mais nos films marchent quand même ! Enfin, certains d'entre eux au moins... (Quelles vedettes internationales au générique de Nos meilleures années, Etre et avoir, La Vie des autres ou Buena Vista Social Club, pour citer quelques-uns des derniers hits du Balzac ?)
Cela dit, nous n'avons rien contre les stars, et nous sommes toujours très honorés de les accueillir sur nos plus beaux écrans. Catherine Deneuve par exemple, l'immense actrice que l'on sait, à la filmographie aussi impressionnante qu'éclectique, est actuellement à l'affiche de Après lui, le nouveau film de Gaël Morel, jeune et audacieux réalisateur français. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Catherine Deneuve croise la route du Balzac. Nous avons eu la chance ces dernières années de sortir quelques films passionnants dans lesquels elle tenait l'un des rôles principaux : Rois et reine, d'Arnaud Desplechin (2004), Un film parlé, de Manoel de Oliveira (2003), Le Vent de la nuit, de Philippe Garrel (1999), Généalogie d'un crime, de Raoul Ruiz (1997)... Comme quoi nous ne sommes pas sectaires !
Pendant Cannes, le Balzac reste ouvert !

Quiconque travaillant plus ou moins dans le cinéma pourrait facilement penser que la vie s'arrête à Paris pendant les quinze jours du Festival de Cannes... Plus de coups de téléphone, plus de fax ni de courriels, les correspondants habituels aux abonnés absents... C'est sur la Croisette que tout se passe et se négocie. Sur la Croisette que les Parisiens ont le temps de se parler et d'échafauder de grands projets... Mais, cette année comme les autres, le Balzac ne met pas le cap sur les rivages méditerranéens. Parisien il est, Parisien il reste. Pendant Cannes, nous gardons la boutique, ouverte 365 jours par an. Et nous attendons avec impatience les nouveaux films et les nouveaux auteurs qui seront révélés à Cannes et que nous ferons découvrir à notre public... après Cannes ! (patience...)
Parcours du combattant
On pourrait programmer Shrek ou L'Age de glace, mais...
... mais nous, au Balzac, nous avons opté pour des vieilleries ! Des petits films, souvent en noir et blanc, presque toujours muets, réalisés par des artistes connus (Chaplin, Keaton, Disney...) ou beaucoup moins connus. Tous choisis par Serge Bromberg et son équipe, chez Lobster Films. Et pour remplacer la bande son, nous avons trouvé un pianiste. Il s'appelle Jacques Cambra et vient souvent accompagné d'un batteur ou d'un autre musicien. Et non seulement il accompagne les films en direct, mais en plus il parle ! Il présente chaque film avant de s'installer deriière son piano. Et dans la salle, que se passe-t-il ? Eh bien, la salle, d'abord elle est pleine, de petits et de grands. Et tous rient, applaudissent, en redemandent. C'est Pochette Surprise, bien sûr, le deuxième dimanche du mois à 11h. Avec en prime une glace Ben&Jerry's offerte à chaque spectateur ! Nous terminons la quatrième saison (il reste encore le dimanche 10 juin), et nous rempilons à la rentrée, sans hésitation. C'est trop de bonheur !
Loin d'elle, sujet difficile, film bouleversant

Nous avions déjà pu admirer les talents d'actrice de Sarah Polley dans le film d'Isabel Coixet, Ma vie sans moi, sorti au Balzac en 2004. La jeune Canadienne nous revient comme réalisatrice avec un film ambitieux, en ce sens qu'il se confronte à l'impossible sujet par excellence : la maladie d'Alzheimer. Loin d'elle met en scène un beau couple incarné par deux magnifiques comédiens, Julie Christie et Gordon Pinsent. Atteinte par la terrible maladie, peu à peu elle s'éloigne, de son mari et de ce qui a été jusqu'ici sa vie. Elle s'éloigne et aborde avec une inconscience cruauté des rivages nouveaux où lui n'a plus sa place. Amour et maladie sont ici indissolublement liés. Ce n'était pas prévu au programme, mais il faut faire avec désormais. Le film est maîtrisé de bout en bout, sans pathos excessif. Il ne vous laissera pas indifférent.
Still Life, très impressionnant...

Oui, très impressionnant, le nouveau film de Jia Zhang-Ke (dont nous avons déjà sorti Platform, Plaisirs inconnus et The World). Still Life, petit film indépendant sans vedette et sans argent, qui a raflé le Lion d'or à la dernière Mostra de Venise au nez et à la barbe de films plus installés, nous offre un plongeon sans filet au coeur de la Chine d'aujourd'hui. A cause de la construction d'un barrage gigantesque, projet démesuré qui fait la fierté du régime, des villages millénaires sont hâtivement démolis à coups de massue. Dans ce contexte apocalyptique, qui est l'un des visages de la Chine nouvelle, deux destins s'entrecroisent sans jamais se rencontrer : un homme est à la recherche de sa femme et de sa fille perdues de vue depuis seize ans ; une femme vient retrouver son mari parti travailler sur le barrage et dont elle n'a plus de nouvelles depuis deux ans... Dans ce monde grouillant où les nouveaux riches côtoient les plus démunis, tout s'achète et tout se monnaye. Et pendant ce temps, le barrage avance et l'eau monte...






